Un bouleversement stratĂ©gique est en cours. Il Ă©tait peut-ĂȘtre inĂ©vitable, il est accĂ©lĂ©rĂ© par le vote des AmĂ©ricains. La prophĂ©tie du gĂ©nĂ©ral de Gaulle se rĂ©alise : un jour, les Ătats-Unis quitteront le Vieux Continent. Ce dernier doit devenir adulte, Ă moins quâil ne cĂšde sur ce qui lui est cher â lâintangibilitĂ© des frontiĂšres, le non-recours Ă la force, le soutien aux dĂ©mocraties libĂ©rales naissantes. LâAmĂ©rique sâen va, une Europe stratĂ©gique doit naĂźtre. Si lâUnion europĂ©enne (UE) ne rĂ©pond pas Ă cet appel, elle sera confrontĂ©e Ă un monde dominĂ© par des blocs de puissance qui nâont quâune seule rĂšgle dans les relations entre Ătats : lâĂ©quilibre des puissances.
Le gĂ©nĂ©ral Charles de Gaulle a exprimĂ© Ă plusieurs reprises son souhait dâune Europe indĂ©pendante des Ătats-Unis. Un moment clĂ© fut son discours Ă lâUniversitĂ© de Strasbourg le 22 novembre 1959, oĂč il dĂ©clara : "Oui, câest lâEurope, depuis lâAtlantique jusquâĂ lâOural, câest lâEurope, câest toute lâEurope, qui dĂ©cidera du destin du monde !". De Gaulle voyait lâEurope comme une entitĂ© capable de jouer un rĂŽle majeur sur la scĂšne mondiale, sans dĂ©pendre des superpuissances amĂ©ricaine ou soviĂ©tique.
Il a Ă©galement manifestĂ© cette vision en retirant la France du commandement intĂ©grĂ© de lâOTAN en 1966, affirmant ainsi lâindĂ©pendance militaire et politique de la France.
Le gĂ©nĂ©ral De Gaulle a pris plusieurs mesures pour promouvoir lâindĂ©pendance de lâEurope, notamment : Politique de la chaise vide : En 1965, De Gaulle a pratiquĂ© la âpolitique de la chaise videâ en retirant la France des rĂ©unions du Conseil des ministres de la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne (CEE) pour protester contre les propositions de la Commission europĂ©enne visant Ă renforcer les pouvoirs supranationaux. Cela a conduit au compromis de Luxembourg en 1966, qui a permis Ă chaque Ătat membre de la CEE de disposer dâun droit de veto sur les dĂ©cisions importantes.
DĂ©veloppement de la force de dissuasion nuclĂ©aire française : De Gaulle a fortement soutenu le dĂ©veloppement de la force de dissuasion nuclĂ©aire indĂ©pendante de la France, connue sous le nom de âforce de frappeâ. Cela visait Ă garantir que la France puisse dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts sans dĂ©pendre de lâarsenal nuclĂ©aire amĂ©ricain.
Retrait du commandement intĂ©grĂ© de lâOTAN : En 1966, De Gaulle a retirĂ© la France du commandement militaire intĂ©grĂ© de lâOTAN, tout en restant membre de lâalliance. Cela a permis Ă la France de maintenir une plus grande autonomie militaire et de ne pas ĂȘtre automatiquement impliquĂ©e dans les conflits dirigĂ©s par les Ătats-Unis.
Promotion de la coopĂ©ration franco-allemande : De Gaulle a travaillĂ© Ă©troitement avec le chancelier allemand Konrad Adenauer pour renforcer les relations franco-allemandes, considĂ©rant cette coopĂ©ration comme essentielle pour une Europe forte et indĂ©pendante. Le traitĂ© de lâĂlysĂ©e de 1963 a Ă©tĂ© un symbole de cette collaboration.
Ces actions reflĂštent la vision de De Gaulle dâune Europe capable de se tenir debout par elle-mĂȘme, sans ĂȘtre dominĂ©e par les superpuissances de lâĂ©poque.